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 « Jesse James my Father », par Jesse James Jr

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MessageSujet: « Jesse James my Father », par Jesse James Jr   Mer 23 Nov - 23:27

« Jesse James my Father », par Jesse James Jr
Eric Veillette. Blog Historiquement Logique!


James, Jesse Jr. Jesse James my father. Independence, The Sentinel Printing Co, 1899; réédition Provo UT, Triton Press, 1988, 198 p.

Jesse James Jr, qui n’a pour seul carte de visite, à toute fin pratique, que la célébrité de son père, le hors-la-loi pilleur de banques et de trains assassiné par un traître en avril 1882, admet à tout le moins sa modestie en tant qu’auteur. Sans aucune expérience littéraire ni historique, il prétendait pourtant avoir lu tous les livres publiés sur son défunt père, se permettant donc de les critiquer sévèrement pour leur manque de rigueur. Pourtant, il n’en citera aucun pour en corriger ces soi-disant erreurs.

Dans sa préface de deux pages il expliquait que ces grossières invraisemblances ont été causées par le fait que les précédents auteurs « n’ont jamais connu mon père »[1], laissant donc entendre aux futurs historiens qu’ils ne pourraient jamais réaliser de livre convenable. Comme de raison, James oubliait certainement que les autobiographies ou autres livres rédigés par des proches ne peuvent faire preuve d’une objectivité valable. S’il est vrai qu’avec le temps certains détails et anecdotes se perdent, l’objectivité acquise avec un recul réfléchi ne ressent plus la pression ni les influences des contemporains du personnage principale de la recherche.

Dès sa phrase suivante on pourrait d’ailleurs remettre en doute son impartialité lorsqu’il écrit que « je défie le monde de démontrer qu’il [Jesse James] n’a jamais tué un homme sauf pour protéger sa propre vie ou comme soldat dans un contexte honorable de guerre »[2]. Le jeune homme, qui n’a appris sa propre identité et celle de son père qu’après la mort de celui-ci, était sans doute mal situé pour se remémorer toutes les innocentes victimes de Jesse et de son gang. De plus, ce genre de phrase était populaire dans la bouche des criminels de la fin du 19ème siècle et on ne devrait donc pas s’étonner de la retrouver dans la bouche d’un fils qui, clairement, idolâtrait son défunt paternel. Tout le monde, semble-t-il, avait une bonne raison de tirer sur quelqu’un.

Jesse Jr complète sa préface en avouant les deux objectifs de son livre, d’abord apporter un support financier à sa mère. Comme on le sait, l’argent n’a jamais été une bonne compagne de l’impartialité. Quant au second il s’agissait de « faire quelque chose pour corriger les fausses impressions que le public a de la personnalité de mon père »[3], une affirmation qui s’amalgame assez mal avec la première. De plus, il semble dériver dans sa logique en prétendant vouloir rétablir les faits à propos de son père alors qu’il consacre près de la moitié de son ouvrage, c’est-à-dire de la page 116 à 198, à se raconter lui-même ainsi qu’à justifier son innocence en rapport avec l’attaque de train dont on l’avait accusé l’année précédant la publication de son ouvrage et son procès qui venait à peine de se conclure. Car Junior devait lui aussi se défendre d’un mythe. Il portait un nom lourd de conséquence.

Il attaque donc son premier chapitre avec les souvenirs qu’il gardait de son père, mais commençait, curieusement, avec une première anecdote qui n’impliquait même pas Jesse James mais plutôt un des membres de son gang, Dick Liddil. Celui-ci, percevant un bruit à la porte, aurait nerveusement tiré une décharge de fusil de chasse à travers celle-ci. L’incident serait survenu alors que l’auteur était âgé de 5 ans, donc vers 1880. Une anecdote, d’ailleurs, sans grande importance.

De toute évidence, il n’était pas assez vieux pour avoir vécu les principaux événements dans lesquels son père fut impliqué, comme il l’avoue lui-même d’ailleurs en disant que la plupart des choses qu’il savait à propos de son père lui avaient été raconté par des amis ou des membres de la famille. L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours, quoi!

Toutefois, Jesse Jr dépeint brièvement un hors-la-loi légendaire vu de l’intérieur de son foyer familial, c’est-à-dire attentionné et amusant. Il aurait fait plus d’une balade avec son fils à dos de cheval, lui ramenant un jour un chiot couché dans le creux de son bras. Mais comme pour glorifier tout bandit devenu légende, Junior semble être tombé dans certains pièges, comme celui-ci de se sentir obligé de décrire des prouesses incalculables relatant les talents de son père au tir de revolver. On se croirait dans la mythologie des grands héros fictifs, imaginant des scènes qui plus tard furent arrangées avec le gars des vues!

Petite erreur courante de l’époque, que Junior ne fut pas le seul à faire, c’est d’orthographier « Quantrell » lorsqu’il est question du Capitaine William C. Quantrill, sous les ordres duquel les frères James prirent de l’expérience au cours de la Guerre de Sécession. Erreur excusable s’il en est une!

Après avoir expliqué l’incontournable généalogie de la famille, question de les humaniser un peu, l’orphelin de père ne pouvait pas éviter le sujet de la guerre frontalière qui avait débuté entre le Kansas et le Missouri bien avant le déclenchement des premiers coups de canon sur le Fort Sumter le 12 avril 1861. C’est dans ce contexte sanglant, cruel et raciste qu’on justifie souvent les crimes ultérieurs des frères James. Qui a versé les premiers sangs? Question sans réponse, sans doute.

On sait cependant que les jeunes de cette génération ont baigné dans ce climat de dénonciation de son propre voisin et de présence aléatoire de certaines bandes de guérilleros composées d’abolitionnistes radicaux qui attaquaient les fermes sudistes du Missouri, se donnant souvent comme prétexte de libérer les esclaves mais profitant du déplacement pour s’adonner au pillage, à la pyromanie et bien évidemment, comme dans toute bonne guerre qui se respecte, au viol.

C’est dans un contexte comme celui-là que Quantrill forma sa bande, question de donner la réplique. Toutefois, ce que Jesse Jr ignorait au moment d’écrire son livre, c’est que Quantrill était né dans le nord pour ensuite se transformer en sympathisant sudiste implacable. Pour mieux convaincre les hommes de le suivre, il s’était donc inventé un passé, et ce sont ces détails biographiques que l’auteur prenait encore pour acquis en 1899. Quelques années plus tard, cependant, la véritable mère de Quantrill se présenta lors d’une réunion des anciens combattants et le temps corrigea ces quelques prétentions historiques, en particulier avec la publication plus récente du livre bien documenté d’Edward E. Leslie[4].

Il ne se gêne pas non plus pour citer John N. Edwards, ancien guérillero devenu journaliste et auteur qui n’a jamais cessé d’utiliser sa plume pour défendre et glorifier le gang des James – Younger, sans compter la justification des agissements durant la guerre. Le style poétique très subjectif d’Edwards, qui est ici approuvé par le fils du légendaire disparu, laisse donc bien peu de place à la valeur académique d’un tel ouvrage, même s’il peut soulever des véracités anecdotiques qui, malheureusement, sont bien souvent invérifiables sur le plan historique.

Comme de raison, Junior reprend le fameux épisode du printemps 1863 où une milice nordiste débarque sur la ferme James, près de Kearney, dans le Comté de Clay, pour tenter d’obtenir des informations à propos de Quantrill. On pend le beau-père de Jesse, le Dr Reuben Samuels, pour tenter de le faire parler. Jesse James, alors âgé de 16 ans, est battu par les miliciens. Personne ne parle. Cette histoire fut répétée à maintes reprises par les membres de la famille ainsi que par les auteurs, l’acceptant donc comme un fait bien établi et accepté de tous. Et un auteur sérieux comme Yeatman[5] approuve l’existence de l’incident en citant de nombreux témoignages en plus d’un extrait de journal qui semble confirmer la pendaison du beau-père de Jesse[6]. C’est qu’à cette époque Frank James avait rejoint les rebelles, donnant ainsi un argument aux nordistes de justifier leur intervention.

Contrairement à la légende familiale, explique Yeatman, le Dr Samuels révéla la cachette des rebelles pour éviter la mort. De plus, il a mis à jour une lettre datée du 6 juillet 1863 et dans laquelle trois voisins de la ferme témoignaient à l’effet que le Dr Samuels était contrôlé par son épouse et les fils de celle-ci, subissant un certain régime nourri par la menace. Rien de bien reluisant pour les célèbres frères.

Quoiqu’il en soit, cette histoire, facilement acceptée et racontée en boucle aux touristes par Mme Zerelda James Samuels elle-même après la mort de son célèbre fils, apportait une justification pour aborder les aventures des frères James sous un angle de martyrs. Cole Younger, fidèle membre du gang après la guerre, aura lui aussi une histoire de persécution afin de gagner le cœur de ses lecteurs en 1903.

Jesse Jr connaît tout de même ses moments d’humilité, comme par exemple lorsqu’il admet ne pas savoir si son père a participé ou non au Massacre de Lawrence, démontrant ainsi une hésitation presque indirecte à accepter l’image cruelle ou non laissée par celui-ci.

Bien sûr, Junior ne manque pas de dépeindre une seconde fois son paternel en martyr en racontant l’épisode où Jesse s’est mérité une autre blessure au poumon alors qu’il tentait d’obtenir sa reddition en transportant lui-même le drapeau blanc. Ensuite, il semble vouloir nous amener vers la bonté extrême de son père en prétendant que celui-ci a plus tard renoué, le temps d’attendre un bateau à vapeur, avec le soldat qui avait tiré sur lui. Si l’auteur reste prudent dans la description des faits d’arme de son père, il n’hésite pas à glorifier et justifier la violence de certains autres guérilleros, tel que John Thrailkill et William « Bloody Bill » Anderson, qui ont apparemment tout abandonné pour se consacrer à leur nouvel emploi à temps plein : l’élimination des Yankees.

Étrangement, son survol des années criminelles de son père, pourtant les plus médiatisées et aussi les plus alléchantes pour le public, reste très bref et peu détaillé. Laissant toutefois sous entendre que cette carrière dura de 1866 à 1882, il semblait oublier que le nom de Jesse James sortit publiquement pour la première fois seulement après le vol de la banque de Gallatin, Missouri, survenu le 7 décembre 1869.

Être aussi vague sur les années criminelles pourrait bien nous laisser croire que certains membres de son entourage lui conseillèrent, fortement ou non, d’éviter les précisions. Après tout, l’année où l’ouvrage se retrouva en kiosque Jim et Cole Younger, toujours en prison dans le Minnesota, se battaient pour obtenir une libération sur parole. Certaines précisions quant à leurs méfaits auraient nuis à leurs chances de revoir un jour leur Missouri natal. Il est donc clair que Jesse Jr avait les mains liées en tant qu’auteur, ce qui nous ramène alors vers son but avoué de vouloir uniquement vendre des exemplaires pour apporter un soutien financier à sa mère.

En plus d’être vague et même muet sur les braquages commis par le gang, Junior donne l’envol à une légende douteuse et sans fondement selon laquelle Jesse donna 500$ à une pauvre dame pour que celle-ci puisse payer l’hypothèque de sa maison. Toutefois, Jesse récupéra son argent en volant le banquier et le shérif à quelques pas de la résidence. On doit sans doute comprendre dans ce mythe le désir d’immortaliser le hors-la-loi américain en Robin des Bois, mais un sauveur bien peu sincère puisqu’il reprend son argent au bout du compte, sans perdre un sou. Où est donc la véritable générosité dans ce geste?

D’ailleurs, on assisterait peut-être ici à une transmission de légende orale car on rapporte une histoire très similaire en ce qui concerne le bandit français du 18ème siècle nommé Cartouche, qui aurait lui aussi récupéré son argent après avoir aidé un marchand de drap à payer ses dettes[7].

Bien entendu, Jesse Jr reprend aussi le récit classique de la mort de son père, c’est-à-dire cette fameuse scène où Jesse, dans sa propre résidence, grimpe sur une chaise afin de replacer un cadre sur le mur; position de faiblesse saisie au vol par Bob Ford qui l’abat par derrière. Bien sûr, le tueur d’un « bandit bien-aimé » ne peut être classé que parmi les traîtres, qualifié dans ce cas-ci de « dirty little coward » (sale petit lâche) comme le désignent encore les Américains. Il ne manque pas non plus de décrire les funérailles, ainsi que le discours prononcé aux obsèques par le Révérend Martin. Le corps de Jesse James fut originellement inhumé en avril 1882 dans la cour même de la ferme de la famille James. Trois ans après la publication du livre de Junior, cependant, le corps fut exhumé pour le transférer au cimetière de Kearney, à quelques kilomètres de là, afin qu’il repose au côté de son épouse, récemment décédée.

Comme on l’a vu précédemment, Junior attaque ensuite avec sa propre histoire, qui semble soudainement bien peu intéressante devant la flamboyante carrière de son défunt père. Reste à savoir, donc, combien de lecteurs à travers le temps ont pu se rendre jusqu’à la dernière page. Après avoir raconté son étonnante amitié avec le fils du gouverneur qui avait soi-disant organisé l’assassinat du hors-la-loi, il nous amène rapidement vers le dynamitage d’un train survenu le 23 septembre 1898 et pour lequel il fut arrêté.

En conclusion, si un livre aussi subjectif publié à une époque où la rigueur historique américaine semblait aussi peu répandue peut apporter quelques anecdotes familiales, dont on se questionnera cependant la véracité, les chercheurs sérieux écarteront d’emblée de leur bibliographie le seul livre attribué à Jesse Jr, qui ne nous apprend rien de nouveau.

[1] Jesse James Jr, op. cit., p. 3.

[2] Ibid.

[3] Ibid, p. 4.

[4] Edward E. Leslie, The Devil knows how to ride, the true story of William Clarke Quantrill and his Confederate Raiders, New York, First Capo Press, 1998, 534 p.

[5] Ted P. Yeatman, Frank and Jesse James, the story behind the legend, Nashville, Cumberland House, 2000, p. 38 – 41.

[6] Le Dr Samuels survécut à cette pendaison mais garda apparemment des séquelles permanentes.

[7] Gilles Henry, « Cartouche défie le Régent », Historia, spécial thématique mai-juin 2010, no. 125, p. 16-22.
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