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 Le kansas ensanglanté (2/2)

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J.B.Books
Law in Abilene
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MessageSujet: Le kansas ensanglanté (2/2)   Lun 12 Déc - 17:57

LE KANSAS ENSANGLANTE



La position climatique du Nebraska était trop septentrionale pour que l’esclavage
puisse influencer son futur statut d’Etat libre. En revanche, le Kansas jouxtait
l’Etat du Missouri qui était déterminé à l’incorporer dans son fief esclavagiste.

Comme les antiesclavagistes avaient perdu au Congrès leur combat en faveur d’un Kansas libre,
ils décidèrent de livrer bataille sur le terrain. La confrontation s’annonçait imminente.
Le camp qui enverrait le plus grand nombre d’électeurs dans cette vaste contrée
lointaine s’assurerait un pouvoir législatif qui dicterait sa loi sur la question de
l’Institution particulière.
William Seward, sénateur de New York, tira le premier coup
de semonce : “Venez, gentlemen des Etats esclavagistes. Puisqu’on ne saurait se
soustraire à votre défi, je le relève au nom de la cause de la liberté. Nous rivaliserons
sur le sol vierge du Kansas et que Dieu donne la victoire au camp le plus fort par le
nombre et par le droit”.17 Les premiers immigrants arrivèrent au Kansas vers le mois
d’avril 1854. Bien avant l’avènement du Kansas-Nebraska Act, un politicien
abolitionniste du Massachusetts nommé Eli Thayer avait, par un acte du parlement de
son Etat, commandité la "New England Aid Company"18 pour promouvoir le peuplement
du Kansas par des émigrants antiesclavagistes et fournir de l’aide aux fermiers du
Midwest. D’autres sociétés telles que la "Massachusetts Aid Company", le" Boston Relief
Committee", la "Female Aid Society of Wisconsin" ou encore les "Kansas Aid Society" et
"Kansas League "lui emboîtèrent le pas peu après.


En quête d’une vie nouvelle, des centaines de colons quittèrent la Nouvelle-Angleterre en quatre vagues successives à la mi-1854. Guidés par le docteur Charles Robinson, l’agent de Thayer, il se rendirent au
Kansas en empruntant les Santa Fe et Oregon Trails qui traversaient respectivement le
sud et le nord de ce territoire. Stimulés par les dons des associations caritatives
abolitionnistes et alléchés par la promesse de terres nouvelles, ils étaient des milliers
l’année suivante. Ces immigrants s’installèrent en majorité le long de la Kansas River
où ils fondèrent entre autres, les villes de Wakarusa, de Topeka, d’Osawatomie et de
Lawrence.

Afin qu’ils puissent chèrement défendre leur liberté, le pasteur abolitionniste
new-yorkais Henry Ward Beecher leur avait fourni des centaines de fusils Sharps qu’il
avait achetés grâce à une souscription auprès des membres de sa congrégation. Les
colons les surnommèrent “Beecher’s Bibles”ou “bibles de Beecher”.


Henry Ward Beecher





La riposte des Missouriens ne se fit pas attendre. Aussi décidés que leurs opposants à
faire valoir leurs droits, ils n’avaient que leur frontière à franchir pour s’approprier les
terres vierges voisines. Aussi s’établirent-ils principalement le long de la Missouri River
où ils créèrent les villes pro esclavagistes de Leavenworth, d’Atchison et de Lecompton,
leur future capitale. “Notre enjeu est colossal”, assura David Atchison, sénateur du
Missouri. “Nous devons tenter le tout pour le tout avec audace (…) Si nous
l’emportons, nous répandrons l’esclavage jusqu’à l’océan Pacifique ; si nous échouons,
nous perdrons le Missouri, l’Arkansas, le Texas et tous les territoires”.19

Quinze années auparavant, les Mormons avaient quitté le Missouri sous la pression de la population
locale. Les Missouriens avaient l’intention de faire subir le même sort aux colons Free
Soilers qui s’établiraient au Kansas. Atchison le confirma lorsqu’il écrivit à Jefferson
Davis, sénateur du Mississipi : “Nous nous organisons. Nous serons obligés de faire
parler les armes, d’incendier et de pendre, mais ce ne sera pas long. Nous avons
l’intention de ‘mormoniser’ les abolitionnistes”.20 Comme on le verra plus loin,
Atchison tiendrait cette promesse.



David Rice Atchison (President for a Day)


Sur ces entrefaites, le président Franklin Pierce avait nommé le Démocrate
pennsylvanien, Andrew Reeder, au poste de gouverneur du Kansas. Dès que ce dernier
y arriva, sa première tâche consista à organiser l’élection d’un représentant au Congrès.
Cette manifestation politique n’augurait pas bien de l’avenir proche du Kansas dans la
mesure où l’affrontement sur la question de l’esclavage transforma la tension
permanente en climat explosif.
En novembre 1854, Atchison et d’autres éminents personnages du Missouri prirent la tête d’une invasion de Border Ruffians21 armés jusqu’aux dents, qui s’introduisirent au Kansas pour y intimider les électeurs légalement inscrits et gonfler les urnes en faveur du candidat esclavagiste. Nombre d’entre eux ne
s’intéressaient guère à l’esclavage, mais ils aimaient encore moins “ces Yankees
moralisateurs qui débordaient d’un amour malsain et servile pour les Nègres”.22

Ils remportèrent une première mais fausse victoire. Leur apport de 1.700 voix réussit à élire
un délégué esclavagiste, toutefois une commission du Congrès déclara le vote
frauduleux. Sans doute auraient-ils pu gagner sans tricher. Toujours est-il qu’en
prévision de l’élection du corps législatif du territoire qui devait se tenir à Pawnee en
mai 1855, le gouverneur Reeder ordonna un recensement de la population. Sur les 8.501
habitants légitimes du Kansas, dont 242 esclaves, 2.905 avaient le droit de vote. Les
trois cinquièmes d’entre eux provenaient du Missouri et d’autres Etats du Sud.

Néanmoins, Atchison préférait être sûr de sa victoire. “Repérez parmi vous chaque
gredin contaminé si peu que ce soit par les idées des Free Soilers ou des abolitionnistes
et exterminez-les” vociféra-t-il. “Pour ceux qui auraient des problèmes de conscience
(...), le moment est venu de passer outre à ces scrupules car vos vies et vos biens sont
en danger. Pénétrez dans chaque circonscription du Kansas et votez à la pointe du
couteau ou du revolver !”.23
S’absentant du Sénat, Atchison conduisit au Kansas un nouveau groupe de ruffians. “Onze cents hommes arrivent du comté de Platte pour voter”, déclara-t-il à ses partisans, “et si cela ne suffit pas, nous pouvons en envoyer cinq mille, suffisamment pour tuer tous les damnés abolitionnistes du territoire”.24
Ils furent effectivement cinq mille à se déplacer et leurs votes illégaux élirent un
gouvernement territorial composé de trente-six esclavagistes et de trois Free Soilers.

“Les Missouriens ont noblement défendu nos droits”, proclama un journal de
l’Alabama. “Venez tous, hommes du Sud,” titrait le Leavenworth Herald, “amenez vos
esclaves et remplissez le territoire. Le Kansas est sauvé !”.25

Le gouverneur Reeder fut scandalisé par ces procédés. II était arrivé au Kansas plutôt
bien disposé envers l’esclavage, mais les menaces de mort que lui adressèrent les
Missouriens, s’il s’avisait de contrecarrer leurs activités, le précipitèrent dans l’autre
camp et il ordonna de nouvelles élections dans un tiers des circonscriptions. Les
candidats des Free Soilers les remportèrent presque toutes mais, lorsque le
gouvernement se réunit en juillet 1855, ce furent les premiers vainqueurs esclavagistes
qui vinrent siéger avec arrogance. Pendant ce temps, Reeder était parti pour Washington
où il implora le président Pierce de désavouer cette sinistre farce. Ce dernier préféra se
laisser convaincre par les arguments d’Atchison, de Douglas et d’autres Démocrates qui
lui certifièrent que le remue-ménage incombait à la New England Aid Company et aux
journaux républicains qui avaient absurdement gonflé les événements.

Atchison persuada même Pierce de remplacer Reeder par un homme plus malléable, en
l’occurrence William Shannon, un vieux démocrate de l’Ohio, qui possédait ses entrées
à Washington. L’une des premières tâches que le gouvernement confia à Shannon
consista à mettre en vigueur le "Missouri Slave Code", le code d’esclavage du Missouri,
qu’avaient été ratifié les pouvoirs locaux.
Ce règlement punissait d’emprisonnement ceux qui osaient exprimer des opinions contre l’esclavage et requérait la peine de mort ou les travaux forcés pour quiconque encourageait les esclaves à se révolter ou les aidait à s’enfuir. Outragés, les Free Soilers qui, à cette époque, étaient plus nombreux que les
émigrants esclavagistes, n’avaient ni l’intention de se soumettre à ces lois ni de
reconnaître le gouvernement bidon qui les avait votées. Sous la direction du docteur
Charles Robinson et de son nouveau bras droit, l’opportuniste et excentrique James
Lane,26 ils s’organisèrent politiquement afin de convoquer une convention à Topeka, au
mois d’octobre 1855. Ils rédigèrent ensuite une Constitution d’Etat libre, puis décidèrent
de nouvelles élections législatives. Inutile de préciser que les esclavagistes boycottèrent
ces élections qui validèrent leur Constitution. En janvier 1856, le Kansas possédait donc
deux gouvernements, chacun d’eux déclarant l’autre hors la loi : l’un, officiel, à
Lecompton et l’autre, officieux, à Lawrence.

Ce dernier représentait cependant la majorité des authentiques habitants du territoire. Le président Pierce ne reconnut que le premier en déclarant que la Convention de Topeka était anticonstitutionnelle. Sa prise
de position persuada les Free Soilers qu’il existait bel et bien à Washington une “Puissance Esclavagiste” qui visait à garantir un statut esclavagiste à l’Ouest.

La tension montait perceptiblement au Kansas où les partisans des deux camps se
déplaçaient désormais armés jusqu’aux dents, ce qui rendait les effusions de
sang inévitables à plus ou moins court terme. L’assassinat d’un Free Soiler par un
esclavagiste, en novembre 1855, déclenche une série d’incidents connus sous le terme
“Guerre de Wakarusa”. Lorsque la justice refuse de sanctionner le meurtrier, des amis
de la victime incendient sa maison. S’ensuivirent alors des vengeances qui génèrent
d’autres représailles jusqu’au moment ou Samuel Jones, le shérif pro esclavagiste de
Douglas County, décide d’arrêter tous les fauteurs de troubles abolitionnistes en
intervenant avec une milice missourienne composée de Border Ruffians assoiffés
d’action.
Le New York Tribune en donna une description assez colorée : “Ce sont des
gens singuliers qui rappellent vaguement des êtres humains, mais qui sont plus
apparentés à des bêtes sauvages. Un vieux chapeau en paille, un pantalon délavé en
velours côtelé, une ceinture en cuir et une paire de bottes boueuses constituent leur
meilleur habillement. Ils ne se rasent jamais ni ne se coupent les cheveux. Leur
occupation majeure consiste à flâner autours des débits de whisky, à cracher du jus de
tabac et à jouer aux cartes et du couteau Bowie. Ils passent leur vie à boire et dorment
sur des boîtes à biscuit (…) Les qualifier de brutes serait une insulte à leur créateur.
(…) Ils méprisent l’école, les églises, la presse. En bref, ils excellent en ignorance et se
complaisent dans la crasse”.27

Au début du mois de décembre, après s’être regroupés le long de la Wakarusa River, les ruffians se pointèrent devant Lawrence, la place forte des Free Soilers, où s’étaient retranchés un bon millier de colons. A l’appel de Charles Robinson, le gouverneur élu par la Convention de Topeka, ils étaient accourus de tous les coins du territoire, armés de leur redoutable fusil Sharps (les fameuses “Beechers
Bibles”). Déterminé à résister à la horde d’abrutis qui assiégeaient la ville, James Lane
avait transformé cette dernière en forteresse et converti ses édifices publics en véritables
bunkers.

Les troupes fédérales dépêchées de Fort Leavenworth par le gouverneur
Shannon se révélèrent trop peu nombreuses pour intervenir, aussi se contentèrent-elles
d’observer mollement la scène car elles n’avaient reçu aucun ordre de l’apathique
gouvernement Pierce. Pressentant un bain de sang imminent, Shannon quitta en
catastrophe son bureau de Shawnee pour se rendre à Lawrence. A la suite de laborieuses
négociations, il parvint à raisonner les deux factions et les convaincre de signer un pacte
de non-agression. Il réussit également à dissoudre les milices qui étaient sur le point de
faire parler la poudre et, avec le concours d’Atchison, à renvoyer, bon gré, mal gré, les
Missouriens chez eux. La première confrontation ouverte au Kansas avait avorté de
justesse. “Attaquer Lawrence à l’heure qu’il est”, déclare Atchison, “c’est agir comme
une bande de hors-la-loi ; et quel sera le résultat ? Vous risquez de faire élire un
président abolitionniste et de causer la ruine du Parti démocrate. Attendez un peu. Pour
le moment, il est impossible de détruire ces gens sans perdre plus que vous n’avez à
gagner”.28

De tels arguments n’étaient pas de nature à calmer les esprits, ni à encourager des
perspectives de paix à long terme. Un hiver particulièrement rigoureux imposa une
accalmie au cours des mois suivants. La migration annuelle de nouveaux colons avait
entre-temps consolidé la majorité fidèle à la cause du sol libre. Les esclavagistes n’y
avaient réagi que par des bravades. “Le sang appelle le sang !” titra le Atchison
Squatter Sovereign. “Il nous faut éliminer tous les émissaires de l’abolition (...) et faire
clairement comprendre que tous ceux qui ne repartiront pas immédiatement vers l’Est
partiront pour l’éternité”.29
Dès le printemps de l’année 1856, la violence remonte en même temps que la sève dans les arbres. Le juge Samuel Lecompte, un esclavagiste notoire, avait demandé à un jury d’inculper de haute trahison les membres du gouvernement officieux de Topeka. Étant donné que nombre d’entre eux vivaient à
Lawrence, leur arrestation fournit aux Missouriens une nouvelle occasion de s’attaquer
à ce bastion abolitionniste yankee. Traînant derrière eux quatre canons, ils
chevauchèrent jusqu’à la ville qu’ils assiégèrent aussitôt. Ne voulant pas se mettre en
marge de la loi, les Free Soilers décidèrent de ne pas offrir de résistance. Lane et
Robinson s’enfuirent, mais un shérif arrêta ce dernier, puis le jeta dans la prison de
Lecompton où il croupit durant quatre mois. Le 21 mai 1856, huit cents Border Ruffians
conduits par le sénateur Atchison et le shérif Jones déferlèrent dans les rues désertes de
Lawrence. Après avoir canonné puis incendié le Free State Hotel, la meute saccagea la
ville sans toutefois molester ses habitants. Elle démolit ses deux imprimeries, mit le feu
à la demeure du gouverneur et pilla boutiques et maisons. Incroyablement, le raid ne fit
qu’une seule victime, un ruffian ivre-mort, écrasé par la chute de débris. “Ainsi tomba
la forteresse abolitionniste”, conclut le quotidien Lecompton Union, “et nous espérons
que la ‘Immigrant Aid Society’ aura reçu une bonne leçon pour le futur”.30 La nouvelle
du sac de Lawrence se propagea à travers la nation comme une traînée de poudre,
indignant les abolitionnistes de tous bords, réjouissant évidemment les esclavagistes du
Sud, ceux du Missouri en particulier.



Illustration des "border ruffians" marchant sur Lawrence.

En marge de la lutte à laquelle se livraient désormais les antagonistes pour s’assurer
du contrôle du territoire, un nouveau rebondissement jeta de l’huile sur le feu. En
février 1856, le gouvernement officiel pro esclavagiste déplaça sa capitale à Lecompton,
une ville située sur la rivière Kansas, à vingt kilomètres de Lawrence. Deux mois plus
tard, Washington y dépêcha trois membres d’une commission d’investigation fédérale
chargée d’enquêter sur la situation au Kansas et d’identifier l’origine de la confusion qui
y régnait. Le comité pointa du doigt le dis fonctionnement des récentes élections
territoriales et souligna que l’accession à un Etat libre représentait la volonté de la
majorité de la population. Le président Pierce refusa de suivre les recommandations de
la commission et persista à ne reconnaître que le gouvernement légitime. Les
esclavagistes avaient remporté une nouvelle manche.

Tous ces événements se déroulaient sur un fond de débat national sur le Kansas.
Au Congrès, aussi bien les Républicains que les Démocrates présentèrent des
projets de loi sur l’admission de ce territoire dans l’Union. Les premiers soumirent la
Constitution de l’Etat libre rédigée à Topeka. Quant aux seconds, ils envisagèrent de
réunir une nouvelle convention dont les membres adopteraient la constitution que devait
entériner le gouvernement territorial pro esclavagiste de Lecompton. Les Sudistes
estimaient que leur avenir tout entier dépendait de l’issue de cette polémique.

“L’admission du Kansas au sein de l’Union en tant qu’Etat esclavagiste est désormais
une question d’honneur” écrivait, en mars 1856, Preston Brooks, représentant à la
Chambre de la Caroline du Sud. “Le sort du Sud se jouera sur la question du Kansas.
S’il devient un Etat à la solde des Yankees, la valeur des esclaves diminuera de moitié
dans le Missouri et l’abolitionnisme y prévaudra. Il en ira de même dans l’Arkansas et
le nord du Texas”.31
Etant donné que les Républicains possédaient la suprématie à la
Chambre et que les Démocrates contrôlaient le Sénat, aucun des deux partis ne parvint à
faire ratifier sa résolution. L’un et l’autre se concentrèrent davantage sur la propagande
que générait ce débat dans la perspective de la future élection présidentielle. Cette
stratégie fut davantage payante pour les Républicains car l’eau que les Démocrates
apportaient au moulin esclavagiste du Kansas fournissait à leurs adversaires l’occasion
rêvée de tirer parti de cette nouvelle attaque contre les droits du Nord. De plus, grâce au
concours de jeunes et talentueux reporters antiesclavagistes qui brillaient parfois
davantage par leur zèle que par leur exactitude, les journaux républicains exploitèrent au
maximum l’image du Kansas meurtri.

Les Sudistes ne se privèrent d’ailleurs pas de leur donner matière à exploiter. A peine
venait-on d’apprendre le sac de Lawrence qu’une nouvelle explosive retentissait dans
l’enceinte même du capitole de Washington. Tout au long du printemps, le sénateur
Charles Sumner avait manifesté sa hargne contre ce qu’il appelait “le crime contre le
Kansas”, le titre d’un discours qu’il prononça au Sénat, les 19 et 20 mai 1856. Dans son
exposé, il s’attaqua violemment aux sénateurs pro esclavagistes Atchison du Missouri et
Andrew Butler de la Caroline du Sud en les accusant, entre autres, de “flirter avec la
prostituée qu’était l’esclavage”.32
Cette allocution déclencha une véritable tempête au Sénat et dans la presse où les Démocrates ne mâchèrent pas leurs mots. Deux jours plus tard, le congressiste Preston Brooks, le neveu de Butler, pénétra dans la salle quasi vide du Sénat, après l’ajournement de la séance. S’approchant du bureau derrière lequel Sumner écrivait une lettre, il l’apostropha : “Votre discours est une diffamation envers
la Caroline du Sud et envers Monsieur Butler qui est de mes parents”.33 Alors que le
sénateur cherchait à se lever, Brooks fut pris d’une subite frénésie et le frappa à la tête
plus d’une trentaine de fois avec le pommeau d’or de sa canne.
Sumner, les jambes coincées sous son bureau, ne parvint finalement à arracher le meuble du parquet auquel il était fixé, que pour s’écrouler dans une mare de sang. Cet incident déchaîna la colère
de tous les Nordistes, y compris de ceux qui n’avaient guère de sympathie pour la
victime. Joignant l’insulte à l’injure, le Sud fêta Brooks comme un véritable héros. Si
quelques Sudistes déplorèrent toute l’affaire parce qu’elle risquait de galvaniser le
Nord, leur approbation générale l’emporta de très loin sur l’inquiétude. Les réactions à
son agression furent cependant si vives que Brooks fut contraint de démissionner ...
pour être réélu par son parti six mois plus tard.
Une permanente anarchie avait fini par s’installer dans tout le territoire du Kansas.





Charles Sumner (1811 - 1874)



Preston BrooksMarch 4, 1853 – January 27, 1857

Toutefois, la majorité des colons nordistes et sudistes qui y avaient immigré n’étaient
pas des extrémistes, mais des fermiers soucieux de faire ou de refaire leur vie en paix.
Indifférents au problème de l’esclavage, ils se retrouvèrent soudainement et malgré eux,
au coeur d’un véritable champ de bataille. La brutalité se propageait à travers le
territoire, instiguée par des meneurs sans scrupules. David Atchison, qui stimulait les
Sudistes, n’hésita pas à qualifier les Nordistes de “voleurs de Nègres” et de “tyrans
abolitionnistes”. Il encourageait en outre les Missouriens à défendre leur Institution
“avec la baïonnette et dans le sang” et, si nécessaire, “à tuer tous les maudits
abolitionistes du district”.34

Pourtant, les Yankees n’étaient pas tous des abolitionnistes comme le clamait Atchison, loin s’en faut. La plupart d’entre eux revendiquaient seulement une terre libre pour des Blancs libres. Ils détestaient l’Institution particulière, non pas par égard pour l’esclave, mais parce que les grandes plantations qui utilisaient cette main-d’oeuvre servile formaient un obstacle au développement de leurs propres
exploitations agricoles. C’est pourquoi ces Free Soilers décidèrent de bannir du Kansas
les Noirs et les esclaves, que ces derniers soient libres ou non. Pour eux, leur territoire
serait et demeurerait blanc.

Dans un premier temps, les violences s’étaient bornées à des actes isolés entre pro et
antiesclavagistes. Certains d’entre eux avaient été intimidés, d’autres molestés ou
badigeonnés de poix et couverts de plumes. D’autres encore avaient été kidnappés,
abattus ou pendus dans le cadre d’une vendetta qui avait généré des représailles encore
plus brutales. A la mi-1856, le territoire du Kansas s’enflamma au point de devenir le
théâtre de sauvageries entre Border Ruffians pro esclavagistes et Free Soilers ou
Jayhawkers35 antiesclavagistes.

Des bandes rivales terrorisèrent la frontière du Missouri-Kansas lors de raids sanglants au cours desquels ils malmenaient ou tuaient leurs opposants, avant de piller et d’incendier leur propriété. Le pire restait encore à venir. Dans le Kansas profond vivait un étrange individu de cinquante-six ans qui,
comme le congressiste Brooks, croyait à la formule de l’Ancien Testament :
“Oeil pour oeil, dent pour dent”. Deux fois marié et père de vingt enfants, John Brown
avait lamentablement échoué dans ses diverses entreprises professionnelles. Cet
abolitionniste rabique était en fait un illuminé qui se croyait investi de la mission divine
visant à déraciner le mal esclavagiste ancestral dont souffrait la nation.36


John Brown

Cinq de ses fils avaient auparavant émigré au Kansas en ébullition afin d’y épauler la cause du sol
libre.37 En 1855, lorsqu’ils sollicitèrent l’aide de leur père, ce dernier accourut aussitôt
pour détruire “Satan et ses légions”.38 Brown s’installa à Osawatomie et mit rapidement
sur pied une milice, les Pottawatomie Rifles, avec laquelle il entendait participer
activement à la guérilla qui se généralisait. C’est d’ailleurs en tant que capitaine de cette
unité qu’il avait participé à la guerre de Wakarusa, qui lui procura une certaine notoriété
parmi les abolitionnistes locaux. Tandis qu’il se rendait à Lawrence pour collaborer à sa
défense contre l’attaque des pro esclavagistes missouriens, des colons l’informèrent
qu’il arrivait trop tard car Atchison et ses ruffians venaient de mettre la ville à sac. Cette
nouvelle plongea Brown dans une humeur belliqueuse, mais lorsqu’il apprit l’agression
contre Sumner à Washington, l’abolitionniste vit rouge au point de “devenir fou, fou à
lier”, aux dires de son fils Salmon. “Il est temps de combattre le feu par le feu, il faut
faire naître la terreur dans les coeurs des esclavagistes, il faut faire quelque chose pour
montrer à ces barbares que nous aussi, nous avons des droits”, aboya-t-il. 39 Ses fils
tentèrent de le calmer, mais il exerçait sur eux un irrésistible ascendant comme du reste
sur la plupart de ses acolytes. “Il n’y a point de rémission des péchés sans verser le
sang” vociféra-t-il encore.40

Se proclamant une fois de plus l’instrument de la volonté
divine, Brown estima que le temps était venu d’entamer sa “grande croisade salvatrice”.
Selon ses estimations, les esclavagistes avaient assassiné au moins cinq Free Soilers au
Kansas depuis le début des troubles. Il conçut dès lors des représailles radicales contre
les “chiens esclavagistes” de son voisinage, près de Pottawatomie Creek, qui n’avaient
pourtant rien à voir avec les meurtres en question. Dans la nuit du 24 au 25 mai 1856,
accompagné de quatre de ses fils et de trois autres individus, il extirpa de chez eux cinq
colons pro esclavagistes établis le long de la rivière Pottawatomie. Alors que l’un d’eux
tentait de s’enfuir, Brown lui logea une balle de revolver dans la tête tandis que ses fils
massacraient froidement les quatre autres à coups de sabre.

Cet odieux carnage resta impuni. Des soldats fédéraux arrêtèrent deux des fils Brown
mais, faute de preuves, ils les relâchèrent aussitôt. En guise de revanche, une bande
d’esclavagistes en furie incendia les propriétés de la famille. Se considérant toujours
comme les soldats d’une guerre sainte, Brown et ses autres fils parvinrent, on ne sait
trop comment, à échapper aux forces de l’ordre et à se cacher, en attendant des jours
meilleurs. Ils ne furent jamais jugés ni inquiétés pour les meurtres de Pottawatomie. Il
fallut d’ailleurs attendre 1879 pour qu’on identifie les assassins à la suite de la
confession d’un ancien membre de la bande, cela vingt ans après que John Brown eût
été élevé au rang de martyr de l’abolitionnisme.

En dépit de ses efforts obstinés, l’armée américaine, trop peu nombreuse, ne parvenait pas à juguler la violence qui croissait quotidiennement. Au fur et à mesure que la nouvelle du massacre de Pottawatomie se propageait vers l’Est, naissait une légende parmi les antiesclavagistes. Elle prétendait
que Brown n’y était pas mêlé ou qu’il avait agi en état de légitime défense. Il n’est point
étonnant que les journaux républicains préférèrent s’attarder sur la barbarie des Border
Ruffians et la sauvagerie de Preston Brooks plutôt que de relater le geste d’un partisan
de l’Etat libre qui n’avait fait que son devoir pour la cause abolitionniste. De toute
façon, d’autres incidents meurtriers ne tarderaient pas à éclipser ces tragiques
événements, qu’une partie de la presse appelait désormais “la guerre civile au Kansas”.

C’est en fanfare que “l’Armée du Nord”, en réalité quelques centaines de
colons que le “général” James Lane avait rassemblés dans l’Illinois, quitta
Chicago, en juillet 1856, pour rejoindre le Kansas en traversant l’Iowa et le Nebraska.
Sa marche s’apparentait à une véritable force d’invasion : des officiers en uniforme, des
drapeaux colorés, de nombreuses pièces d’artillerie et un énorme convoi de bagages.
Cette colonne bien équipée rassemblait de jeunes opportunistes aux motivations
aléatoires, la majorité d’entre eux s’étant enrôlée pour l’aventure et le lucre. Aux dires
d’un reporter de l’Illinois, “Cette bande de gros bras rappelait un équipage de pirates
bariolés (…) jamais encore nous n’avons rencontré un tel ramassis de forbans”.41

Quand cette force pénétra au Kansas, Lane lui enjoignit de renforcer aussitôt les milices
de colons qui luttaient pour la liberté du territoire. Frustrés par l’issue de la guerre de
Wakarusa, ces derniers étaient désormais déterminés à nettoyer les environs de
Lawrence afin d’y exterminer la “vermine esclavagiste”. Le 12 août, ils détruisirent le
hameau de Franklin, un repaire notoire de Border Ruffians. Deux jours plus tard, cinq
cents hommes sous le commandement de Lane et de John Brown assiégeaient les forts
Saunders et Titus, en réalité des cabanes fortifiées qu’ils canonnèrent puis incendièrent
après la reddition de leurs occupants. Henry Titus, le colonel d’une milice pro
esclavagiste qui avait participé au sac de Lawrence, fut grièvement blessé lors de ces
opérations. Brown s’éclipsa par la suite, préférant opérer en solitaire, selon ses
habitudes bien rodées. A la tête de sa bande de coupe-gorge, il effectua une série de
raids au sud d’Osawatomie, au cours desquels il massacra tous les esclavagistes qui
croisèrent son chemin, notamment des Texans et des Missouriens qu’il surprit à Middle
Creek et à Slough Creek.

En représailles, une armée de quelque 1.500 Border Ruffians se concentra près de la
frontière séparant le Missouri du Kansas. Son commandant n’était autre que
l’infatigable sénateur Atchison. Un commando conduit par le colonel John Reid se
détacha de la troupe principale pour chevaucher en direction d’Osawatomie, le fief de
John Brown, pendant qu’Atchison menait le reste de ses forces vers l’ouest. Le 30 août,
trimballant derrière eux deux pièces d’artillerie, les hommes de Reid déboulèrent devant
la ville que la plupart de ses habitants avait auparavant évacuée. Entre-temps, Brown
était parvenu à regrouper une cinquantaine de volontaires qui se dissimulèrent dans les
bois bordant la rivière Marais des Cygnes, par où devaient inévitablement passer les
ruffians pour entrer dans Osawatomie. Dès que l’ennemi fut à bonne portée de tir, les
fusils Sharps des Jayhawkers lui délivrèrent un feu aussi nourri que dévastateur.
L’engagement dura une demi-heure et ce n’est que grâce à leurs canons chargés de
mitraille que les Missouriens parvirent à se dégager de l’embuscade. Face à la
supériorité numérique de leurs adversaires, Brown et ses hommes n’eurent d’autre choix
que de se disperser dans les marais. Parmi la douzaine de victimes qui gisaient sur le
terrain se trouvait Frederick Brown, un de ses fils.

La voie était désormais libre pour Reid qui pénétra sans entraves dans Osawatomie. Sa troupe saccagea la ville et incendia la plupart de ses maisons. Le temps de panser ses blessés et d’empiler son butin sur une douzaine de chariots, le commando rebroussait aussitôt chemin pour rejoindre l’armée
d’Atchison. Le 13 septembre, c’était au tour des abolitionnistes de repasser à l’action. A
Hickory Point, Lane et sa milice assiégèrent les colons esclavagistes qui s’étaient
retranchés dans une série de fortins en rondins. Malgré les boulets tirés à bout portant
par leur vieille pièce d’artillerie datant de la guerre du Mexique, ils ne parvinrent pas à
briser la résistance ennemie. L’échauffourée qui ne fit qu’une seule victime se solda
finalement par un armistice que les antagonistes célébrèrent joyeusement en ingurgitant
de généreuses rasades de whisky.

La nouvelle des incidents ci-dessus enhardit davantage les belligérants des deux
camps. Durant les semaines qui suivirent, le climat de terreur se déplaça vers les comtés
au nord de la Kansas River. L’agglomération esclavagiste de Leavenworth connut alors
une frénésie après que ses résidents eurent capturé et abattu un émissaire de Lane. Des
meutes de ruffians à moitié ivres se lancèrent aussitôt dans une véritable chasse aux
sorcières. Des coups de feu claquèrent aux quatre coins de la ville tandis qu’en plusieurs
endroits, des gerbes de flammes et des panaches de fumée en disaient long sur le sort
réservé aux propriétés des Free Soilers. Dépossédées de leur habitation et de leurs
biens, une cinquantaine de familles parvinrent à rejoindre Fort Leavenworth où elles se
mirent sous la protection de l’armée fédérale. D’autres colons n’eurent pas cette chance.

Les esclavagistes les entassèrent comme du bétail à bord de vapeurs que des capitaines
à leur solde conduisirent hors du territoire. Sous la menace de leurs armes, ils
contraignaient les nouveaux immigrants qui débarquaient à Leavenworth où ailleurs, le
long de la rivière Missouri, à rebrousser chemin. Enfin, ils expulsaient
systématiquement du comté les habitants soupçonnés d’appartenance antiesclavagiste.
Quant aux récalcitrants, ils les pendaient ou les abattaient comme des chiens et
s’accaparaient de leurs maigres possessions. Un quotidien du Missouri estima que ces
méthodes n’étaient pas assez musclées : “Nous ne sommes pas entièrement d’accord de
renvoyer ces criminels dans l’Est pour les voir réapparaître au Kansas, peut-être en ne
transitant plus par le Missouri, mais bien par l’Iowa ou le Nebraska (…) Nous sommes
d’avis que si les citoyens de Leavenworth ou de Weston pendaient quelques cargaisons
de ces abolitionnistes, ils feraient plus pour garantir la paix au Kansas que des discours
inutiles au Congrès. L’expérience vaut certes la peine d’être tentée”.42

En dépit des atrocités commises par les Border Ruffians et les colons esclavagistes, et malgré les
machinations infernales déployées par leurs politiciens, ces procédés n’intimidèrent ni
les partisans du sol libre ni les candidats à l’immigration. Bien que le Kansas fût alors
en pleine ébullition, ils continuèrent à déferler par vagues successives dans ce territoire.
Rien qu’au mois d’août 1856, non moins de 600 nouveaux colons s’y installèrent. Ils ne
provenaient plus exclusivement de la Nouvelle Angleterre, mais également de l’Ohio,
de l’Iowa, de l’Illinois, de l’Indiana, du Nebraska et même de la Californie et de l’Oregon.

Plus que toute autre chose, le Bleeding Kansas,43 comme l’appela Horace Greely,
l’éditeur du New York Times, détermina le contexte de l’élection présidentielle
de 1856. Lors de cette campagne houleuse et partisane, le candidat démocrate James
Buchanan l’emporta de justesse sur son rival républicain John Frémont, grâce à l’apport
important des voix des Démocrates du Sud. En automne 1856, Washington nomma
John W. Geary nouveau gouverneur du Kansas. Par une politique nouvelle consistant à
traiter impartialement les colons abolitionnistes et esclavagistes, Geary parvint, avec le
concours de nouvelles troupes fédérales, à maîtriser progressivement la situation
anarchique qui prévalait dans le territoire depuis des mois.

Les armes se turent finalement, mais la rhétorique agressive des deux clans ne connut pas de répit. Pour
s’imposer, les esclavagistes devaient dorénavant se montrer audacieux car il leur fallait
triompher des Free Soilers, désormais majoritaires dans une proportion de deux contre
un. Le gouvernement esclavagiste que les Border Ruffians avaient élu en 1855, était le
seul qui, pour le moment, jouissait d’une autorité légale, et il sut se montrer à la hauteur
de la situation. Réuni au mois de janvier 1857, il ne tint aucun compte de la requête du
gouverneur Geary visant à modifier le code draconien de l’esclavage. Il ratifia ensuite
un projet de loi qui consistait à organiser une convention trafiquée ayant pour objectif la
rédaction de la Convention définitive du Kansas. Stipulant que les délégués seraient élus
en juin, celle-ci, par cette habile manoeuvre, non seulement permettait aux shérifs des
différents comtés esclavagistes d’établir les listes électorales, mais aussi de désigner les
commissaires locaux qui choisiraient les arbitres du scrutin. Compte tenu de ce qui
s’était passé lors des élections précédentes au Kansas, on peut comprendre la raison de
ces mesures.

Enfin, pour couronner le tout, la proposition précisait que la nouvelle
Constitution ratifiée par les membres de la Convention, entrerait en vigueur sans
référendum populaire. Geary en fut estomaqué. Arrivé au Kansas en tant que démocrate
convaincu, il ne lui fallut pas longtemps pour se rendre compte de la complicité
criminelle des fonctionnaires publics dans leur volonté de faire du Kansas un Etat
esclavagiste à n’importe quel prix. Cette conviction devait bientôt faire de lui le Free
Soiler qui deviendrait un général de l’Union pendant la guerre de Sécession. Bien qu’il
opposât son droit de veto au projet de la Convention, le gouvernement passa outre.
Désormais à couteaux tirés avec tous les fonctionnaires de son territoire, Geary devint la
cible quotidienne de menaces de mort. Le 4 mars 1857, comme Washington ne faisait
rien pour le soutenir, il démissionna de son poste.


John W. Geary

L’accalmie relative qui avait régné durant le mandat du gouverneur Geary se révéla
éphémère. En effet, la Cour suprême des Etats-Unis était sur le point de prononcer son
verdict dans l’affaire Dred Scott qui, aux dires de Buchanan, “réglementerait
rapidement et définitivement le statut légal de l’esclavage dans les territoires”.44


Dred Scott

Scott était un esclave du Missouri, que son maître avait emmené, vingt ans plus tôt, dans
l’Illinois et le territoire libre du Wisconsin. De retour dans le Missouri, Scott fit appel à
la justice pour lui faire reconnaître que son séjour dans un territoire où l’esclavage était
banni l’affranchissait implicitement. Le vieux juge Roger B. Tarney présidait alors la
Cour suprême que contrôlait une magistrature pro-sudiste. Ce dernier considéra que
Scott n’avait même pas le droit de se pourvoir devant le tribunal de justice car il ne
possédait pas la qualité de citoyen. La Cour ajouta que les lois d’un Etat antiesclavagiste
comme l’Illinois n’avaient pu affecter le statut de Scott car celui-ci était toujours
résident d’un Etat esclavagiste, en l’occurrence le Missouri. Elle conclut enfin que les
propriétaires d’esclaves avaient le droit de reprendre leur “bien” dans n’importe quelle
partie du territoire fédéral et que le Congrès n’était pas autorisé à limiter l’extension de
l’esclavage. Cette décision invalidait ainsi les compromis et toute la série de mesures
prises par le Congrès depuis une génération pour tenter de régler la question.

De plus, selon le juge Tarney, le Congrès avait violé la Constitution en votant le Compromis du
Missouri. Si l’affaire Dred Scott avait tenu la nation en haleine pendant des mois, son
verdict souleva instantanément un tollé général dans le Nord. De mémoire d’homme,
jamais l’opinion publique n’avait fustigé aussi ouvertement la Cour suprême des Etats-
Unis. En revanche, ce jugement inopiné représentait une victoire de plus pour les
Démocrates du Sud car elle donnait un poids juridique à leurs arguments en faveur de
l’extension de l’esclavage à tous les territoires de l’Ouest.45

Confronté aux graves problèmes qui secouaient le Kansas, et qui avaient causé la
chute du gouvernement Pierce, le président Buchanan était bien décidé à ne pas
se laisser anéantir à son tour. Il persuada Robert J. Walker du Mississippi, un fidèle ami
qui avait servi à ses côtés dans le cabinet Polk, d’accepter le poste de gouverneur du
Kansas afin de le doter d’une Constitution d’Etat rédigée en bonne et due forme et
approuvée par un référendum populaire. Walker n’avait certes pas l’envergure de
Geary, mais il n’était pas moins courageux. Pourtant, il s’avoua rapidement vaincu par
le Kansas. Quoique Sudiste dans l’âme, il reconnaissait que les partisans d’un Etat libre
seraient forcément majoritaires lors d’un scrutin équitable. Le problème était que
l’élection des délégués, prévue en juin, n’avait aucune chance d’être partiale. Débarqué
au Kansas à la fin du mois de mai 1857, trop tard pour modifier la procédure électorale,
Walker pressa vivement les Free Soilers de participer au vote, mais ces derniers
refusèrent car ils ne voulaient à aucun prix sanctionner la légitimité de ce suffrage.

Comptabilisant 2.200 électeurs sur 9.250 inscrits, les délégués esclavagistes
remportèrent tous les sièges de la Convention qui devait se réunir à Lecompton au mois
de septembre. De toute évidence, cette parodie d’élection entraînait le gouverneur sur
une mauvaise voie. Cependant, il apparaît que les plus virulents critiques à son égard
émanaient de ses compatriotes sudistes. Ces derniers s’opposaient à son projet de
référendum alors que Walker le soutenait. Lorsqu’ils apprirent de Washington que le
président Buchanan approuvait la position de Walker, les Démocrates du Sud
s’indignèrent. Les membres sudistes de son cabinet se retournèrent contre lui et les
gouvernements démocrates de plusieurs Etats lui adressèrent des blâmes. Même depuis
le Mississippi, Jefferson Davis vitupéra la trahison de Buchanan. Plusieurs éminents
Sudistes au Congrès s’empressèrent de ressortir l’habituelle menace de sécession si
Buchanan ne révoquait pas le gouverneur et s’il ne revenait pas sur son projet de
référendum. Soumis à de telles pressions, Walker céda et le Sud remporta une autre
victoire “à la Pyrrhus”.

Entre-temps, les habitants du Kansas se présentaient une fois de
plus aux urnes pour élire un nouveau corps législatif. Walker persuada cette fois les
Free Soilers de voter, en leur promettant d’imposer un scrutin strictement impartial.
Curieusement, les premiers résultats semblèrent donner une étonnante victoire aux
esclavagistes, mais un examen plus poussé permit de constater un phénomène insolite :
deux circonscriptions éloignées comptant 130 électeurs inscrits recensèrent près de
2.900 bulletins de vote. Dans l’une d’elles, quelque 1.600 noms avaient été directement
recopiés sur la liste électorale à partir d’un vieil annuaire de la ville de Cincinnati !
Refusant d’accepter ces résultats frauduleux, Walker trancha en annonçant la victoire
des partisans d’un Etat libre. Cette décision provoqua un déchaînement de protestations
de la part des Sudistes qui refusèrent d’admettre la sanction que Walker imposa aux
falsificateurs des bulletins de vote.

Pendant que le tumulte électoral battait son plein, la Convention de Lecompton
achevait son travail. Le document qu’elle produisit stipulait “que le droit de propriété
prime sur toute autre stipulation de la Constitution à ce propos. Le droit du propriétaire
d’un esclave sur cet esclave est identique au droit du propriétaire de n’importe quel
autre bien et tout aussi inviolable”.46 Telle était, dans les grandes lignes, la solution que
proposait une convention qui représentait un cinquième de l’électorat potentiel du
Kansas pour une question qui mobilisait la nation toute entière. Afin d’éviter toute
tergiversation de dernière minute, la Convention s’empressa d’envoyer au Congrès le
projet de Constitution, accompagné de la pétition qui réclamait l’admission du Kansas
au sein de l’Union, sans référendum préalable et au mépris de toutes les promesses
faites par Walker et Buchanan. Etant donné que les Démocrates contrôlaient le Congrès
et le Sud le Parti démocrate, les forces pro esclavagistes espéraient réussir grâce à cette
manoeuvre désespérée. Néanmoins, la plupart des Démocrates, y compris certains
Sudistes favorables au référendum, la jugèrent trop déshonorante.

Le 7 novembre, la Convention revint sur ses positions. Elle ordonna finalement une consultation portant,
non pas sur la Constitution dans son ensemble, mais seulement sur une alternative de
Constitution soit esclavagiste ou non-esclavagiste. L’offre paraissait équitable, au détail
près que la Constitution sans esclavage comportait la clause suivante : “L’esclavage
n’existera plus au Kansas, mais nul ne pourra en aucune façon porter atteinte au droit
de posséder des esclaves à ceux qui en détiennent sur ce territoire”.47 Donc, dans la
pratique, la Constitution sans esclavage se contentait d’interdire l’importation future
d’esclaves au Kansas mais admettait le statut de ceux qui y étaient déjà présents. Inutile
de dire que les Free Soilers eurent le sentiment que le choix qu’on leur proposait était
odieux et ils s’empressèrent de clamer haut et fort que le projet n’était qu’une vaste
escroquerie. Une grande partie de la presse démocrate du Nord emboîta le pas à sa
rivale républicaine et se déclara scandalisée par cette supercherie. Le gouverneur
Walker dénonça le travail accompli à Lecompton de “répugnante tricherie” et de
“simulacre insolent”. II était impossible que Buchanan l’acceptât, déclara-t-il, car pas
plus tard que le 22 octobre, le président lui avait réitéré son soutien en faveur d’un
référendum impartial. Les esclavagistes ricanèrent car ils savaient pertinemment bien
que Buchanan avait entre-temps changé d’avis. A un Démocrate du Nord qui protestait
amèrement contre cette volte-face présidentielle, Buchanan répondit qu’il n’avait pas le
choix : s’il n’acceptait pas les résultats de la Convention de Lecompton, les Etat du Sud
feraient sécession ou bien prendraient les armes contre lui.

L’affaire Lecompton mobilisa le Congrès pendant des mois. Elle déchaîna les
passions encore plus ardemment que ne l’avait fait initialement le Kansas-Nebraska
Act, quatre ans plus tôt. Les deux camps étaient les mêmes qu’à cette époque, à deux
différences près : d’une part, Stephen Douglas avait pris la tête de l’opposition, et de
l’autre, le nouveau Parti républicain dominait la représentation nordiste à la Chambre.
L’avenir politique de Douglas était maintenant en jeu. S’il soutenait la Constitution de
Lecompton, il s’assurait l’électorat du Sud pour les élections présidentielles de 1860.
Cependant, ce support ne compenserait pas sa perte de voix démocrates dans le Nord,
en raison de la “tricherie de Lecompton”. Douglas n’hésita pas un instant. “Jamais”,
expliqua-t-il au Sénat, “je ne pourrais voter dans le but de faire avaler cette
Constitution aux habitants du Kansas, contre leurs voeux et au mépris de nos
engagements”.48

Télégrammes et lettres arrivèrent par sacs entiers à Washington pour le
féliciter de son geste. En revanche, le Sud le voua à une damnation éternelle. Le 23
mars 1858, le Sénat, dominé en majeure partie par les Démocrates sudistes, ratifia
l’admission du Kansas dans l’Union en tant qu’Etat esclavagiste. Une semaine plus tard,
à l’issue d’un vote dramatique, une partie des Démocrates se joignit aux Républicains
pour repousser la Constitution de Lecompton par cent vingt voix contre cent douze.
“Nos tourments ont pris fin”, nota un partisan de Douglas, “et Dieu merci, le bon droit
a triomphé”.49


Stephen A. Douglas

Pour sauver la face, le gouvernement Buchanan proposa de soumettre une
nouvelle fois la Constitution de Lecompton au Kansas, sous le couvert d’un
référendum. Ce dernier porterait officiellement sur la superficie définitive du patrimoine
territorial de l’Etat quand il entrera dans l’Union. Le rejet de cette proposition, escompté
par Buchanan, différerait l’admission du territoire en tant qu’Etat, au moins pendant
deux ans. Ne percevant dans ce subterfuge qu’une sournoise tentative de corruption, les
habitants du Kansas le rejetèrent par 11.300 voix contre 1.788. Entre-temps, le territoire
s’était remis à saigner. Jayhawkers et Border Ruffians s’exterminaient tout autant au
cours de raids et d’embuscades. Le 19 mai 1858, deux ans presque jour pour jour après
le massacre de Pottawatomie, une bande de colons esclavagistes mit les deux camps à
égalité lorsque trente cavaliers se rendirent à Trading Post, un village situé sur la rivière
Marais des Cygnes, et enlevèrent de chez eux onze Free Soilers. Après avoir aligné
leurs prisonniers dans un ravin, ils les passèrent tous par les armes. Miraculeusement,
cinq victimes, considérées comme mortes, survécurent à leurs blessures. Cet événement
passa à la postérité sous le terme “Massacre du Marais des Cygnes”.



Illustration du "Massacre du Marais des Cygnes".


John Brown réapparut brièvement dans la région. A la tête de sa bande, il opéra plusieurs fois au
Missouri. Il y assassina un esclavagiste, libéra onze esclaves et vola une dizaine de
chevaux avant de quitter définitivement le Kansas pour le Canada. “Mon devoir ici est
terminé” déclara-t-il triomphalement en guise d’adieu.50

Pendant ce temps, les tenants d’un Etat libre organisaient le Parti républicain qui
incorporait les ex-partisans du Free Soil Party et qui joua, en pratique, le rôle de Parti
abolitionniste. Vu la tournure politique, les Démocrates du Sud se rendirent finalement
compte que tenter de faire du Kansas un Etat esclavagiste relevait de la folie. Dans
l’espoir d’y prévenir la dominance absolue des Républicains, ils firent appel à leurs
confrères du Nord pour tenter de renforcer leur parti. Il était cependant trop tard. En
effet, en 1859, le nouveau Parti républicain du Kansas élisait les deux tiers des délégués
antiesclavagistes inscrits à sa convention. Cette dernière accoucha de la Constitution de
Wyandotte qui fut votée à la majorité absolue. Cet épisode mit un terme définitif à la
guerre civile qui avait ravagé si longtemps le territoire. Il fallut encore attendre jusqu’au
29 janvier 1861 pour que le Kansas devienne finalement membre de l’Union en tant
qu’Etat libre, rejoignant ainsi la Californie, le Minnesota et l’Oregon, dont les
admissions successives depuis la guerre avec le Mexique avaient donné au Nord une
supériorité de quatre Etats sur le Sud.

Près cinq ans de déchirements qui générèrent quelque 250 victimes et
occasionnèrent plus de deux millions de dollars de dégâts, le Kansas pansa
finalement ses plaies. Quant à John Brown, s’il avait achevé sa “croisade salvatrice”, sa
mission divine ne l’était pas pour autant. Un autre rendez-vous l’attendait à Harper’s
Ferry, en Virginie, où son audace mégalomane électriserait bientôt le pays et le
rapprocherait davantage de la guerre civile. Avant d’être pendu en 1859, le vieil
abolitionniste avait écrit : “Moi, John Brown, suis maintenant parfaitement convaincu
que les crimes commis sur cette terre coupable ne seront jamais lavés que dans le sang;
je me rends compte également que j’ai été vainement optimiste en croyant que cela
pouvait être accompli autrement”.51 Sa prophétie s’avéra une implacable réalité dans la
mesure où la nation américaine tout entière allait saigner bien plus que le Kansas ne
l’avait fait, durant le conflit le plus tragique de son histoire.




1 E. Forner, “Slavery and Politics” in “American Civil War” p. 85.
2 Quatrième président des Etats-Unis, de 1809 à1817.
3 A. Maurois, “Histoire des Etats-Unis 1492-1828”, pp. 236-42.
4 J.A. Garraty, “The American Nation to 1877”, pp. 148-50 ; B.A. Weisberger, “Encyclopedia of American History”,
pp. 272-73, 894-95.
5 En 1803, les Etats-Unis achetèrent à la France, pour la modique somme de 15.000.000 $, l’immense territoire de la
Louisiane qui s’étendait du nord et de l’ouest du Mississippi jusqu’aux Montagnes Rocheuses.
6 E. Forner, “Slavery and Politics” in “American Civil War” p. 86.
7 Les partisans du sol libre.
8 Chiffre cité dans “Outline of American History : Sectional Conflict”, Internet.
9 D.G. Mathews, “I will be Heard” in “American Civil War” p. 61.
10 Le “Underground Railroad” ou “chemin de fer souterrain” était un réseau secret que les abolitionnistes avaient
créé en réponse à la "Anti-Fugitive Slave Law" de 1793, qui contraignait, sous peine d’amende, tout citoyen à
renvoyer à leur maître un ou des esclaves fugitifs. Le nombre d’esclaves qui trouvèrent la liberté grâce à ce réseau
oscille entre 50.000 et 100.000.
11 Cet incident constitua un tournant dans la vie de John Brown car c’est à partir de ce moment-là qu’il décida de
vouer son existence exclusivement à la cause abolitionniste.
12 R.R. Strenberg, “The Motivation of the Wilmot Proviso” in “Mississippi Valley Historical Review”, vol. XVIII, pp.
535-541.
13 E. Forner, “Slavery and Politics” in “American Civil War” p. 90.
14 Les “Free Soilers” s’organisèrent politiquement en créant le “Free State Party” ou Parti du sol libre.
15 Littéralement : “Ceux de 49”. Surnom donné aux pionniers qui se ruèrent en Californie durant l’année 1849.

16 W.C. Davis, “The Avenging Angel” in “Brother against Brother”, Time-Life Books, p. 72.
17 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 9.
18 La “Compagnie d’Entraide de la Nouvelle-Angleterre”.
19 J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p. 113.
20 G.C. Ward, “The Civil War”, p. 21.
21 Ruffian ou bandit de la frontière. Il s’agissait en fait d’esclavagistes missouriens qui opéraient en bande16 W.C. Davis, “The Avenging Angel” in “Brother against Brother”, Time-Life Books, p. 72.s le long
de la frontière de leur Etat et au-delà, et qui n’hésitaient pas à commettre les pires exactions afin de décourager
l’immigration des Free Soilers au Kansas.
22 J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p.113.
23 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 33.
24 J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p.114.
25 Ibid., p. 114.
27 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 71-72.

26 James Henry Lane est l’un des personnages les plus insolites impliqués dans le Kansas ensanglanté où il eut l’occasion de démontrer son autorité, sa violence et sa paranoïa. Adulé en tant que “héros du Kansas”, il fut élu au Sénat lorsque ce territoire devint un Etat en 1861. A peine arrivé à Washington pour prendre ses fonctions, il s’occupa de la protection de Lincoln et de la défense de la Maison Blanche qui était en proie à l’hystérie après le bombardement de Fort Sumter. Sa popularité lui valut sa réélection au Sénat en 1865. Son charisme, qui fit merveille auprès de Lincoln, ne fut pas suffisant pour le maintenir dans le cabinet de Johnson et sa renommée périclita rapidement. Physiquement et moralement épuisé, il se suicida en 1866.

28 J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p.116.
29 Ibid., p.116.
30 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 118.
31 J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p.117.
32 W.C. Davis, “The Avenging Angel” in “Brother against Brother”, Time-Life Books, p. 76.
33 Ibid. ; J. McPherson, “The Illustrated Battle Cry of Freedom” p.117.
34 Africans in America, “Judgment Day : Bleeding Kansas”, Internet.
35 Homologues des “Border Ruffians”. Colons du Kansas qui luttaient pour un Etat libre.
36 Pour un compte rendu de l’histoire de ce personnage étrange, se référer à l’article du même auteur : “John
Brown, le Météore de la Guerre de Sécession”, CHAB News Vol. 25, n° 2, 1977, pp. 5-32.
37 John Jr., Owen, Salmon, Frederick et Watson.
38 G.C. Ward, "The Civil War", p. 4.
39 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 123.
40 G.C. Ward, "The Civil War", p. 4.
41 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 143.
42 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 136.
43 Le Kansas Ensanglanté.
44 D.J. MacLeod, “The Great Issue of the Age” in “American Civil War”, p. 113.
45 Cette décision de la Cour fut plus tard annulée par les 13e et 14e amendements à la Constitution des Etats-Unis.
46 J. McPherson, The Illustrated “Battle Cry of Freedom” p.128.
47 Ibid., p.128.
48 Ibid., p.130.
49 Ibid., p.130.



BIBLIOGRAPHIE



Ouvrages:

• Maurois A. : “Histoire des Etats-Unis 1492-1828”, New York 1943.
• Battles and Leaders of the Civil War, volumes 1 à 4, New York, 1884-1887.
• Boatner III M.M. : “Civil War Dictionary”, New York, 1987.
• Connely W.E. : “Standard History of Kansas and Kansans”, 1918,
• Davis W.C. : “Brother against Brother”, Time Life Books, Alexandria, Va., 1983.
• Forner E. :, “Slavery and Politics” in “American Civil War”, London, 1984.
• Garraty J.A. : “The American Nation to 1877”, New York, 1966.
50 T. Goodrich, “War to the Knife”, p. 224.
51 “John Brown’s raid” in National Park History Series.


• Goodrich T. : “War to the Knife”, Stackpole Books, Mechanicsburg, Pa., 1998.
• Hyman E.M. : “The Politics of War” in “American Civil War”, London, 1984.
• MacLeod D.J. : “The Great Issue of the Age” in “American Civil War”, London, 1984.
• Mathews D.G. : “I Will be Heard” in “American Civil War”, London, 1984.
• McPherson J.M. : “The Illustrated Battle Cry of Freedom”, Oxford Univ. Press, 2003.
• National Park Service : “John Brown’s Raid”, History Series, 1973.
• Ward G.C. : “The Civil War”, New York, 1990.
• Williams R.H. : “With the Border Ruffians”, Toronto, 1919.
• Williams T.H. : “The Coming of the War” in “The Image of War”, vol. 1, New York, 1981.
• Weisberger B.A. : “Encyclopedia of American History”, New York, 1975.





John Brown's body.

Old John Brown's body lies a-mouldering in the grave,
While weep the sons of bondage whom he ventured all to save;
But though he lost his life in struggling for the slave,
His truth is marching on.

Chorus:
Glory, Glory, Hallelujah!
His truth is marching on!

John Brown was a hero, undaunted, true and brave;
Kansas knew his valor when he fought her rights to save;
And now though the grass grows green above his grave,
His truth is marching on.
Chorus

He captured Harpers Ferry with his nineteen men so few,
And he frightened "Old Virginny" till she trembled through and through,
They hung him for a traitor, themselves a traitor crew,
But his truth is marching on.
Chorus

John Brown was John the Baptist for the Christ we are to see,
Christ who of the bondsman shall the Liberator be;
And soon throughout the sunny South the slaves shall all be free.
For his truth is marching on.
Chorus

The conflict that he heralded, he looks from heaven to view,
On the army of the Union with its flag, red, white, and blue,
And heaven shall ring with anthems o'er the deeds they mean to do,
For his truth is marching on.
Chorus

Oh, soldiers of freedom, then strike while strike you may
The deathblow of oppression in a better time and way;
For the dawn of old John Brown was brightened into day,
And his truth is marching on.
Chorus

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
"Always get the water for the coffee upstream from the herd"
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